Ma meilleure astuce pour appliquer de bonnes résolutions

Quand je me suis retrouvé face au défi de proposer ma meilleure astuce pour appliquer mes bonnes résolutions, je me suis dit que ce n’était pas pour moi, qu’une astuce ne pouvait pas, à elle seule, venir à bout du long travail à opérer sur soi pour réussir à appliquer des résolutions aussi bonnes soient-elles.

Mais, j’ai trouvé que le défi valait le coup d’être relevé car la demande d’astuce reste néanmoins légitime.

Je vais commencer par exposer les difficultés que je repère dans le fait de proposer une astuce qui serait la meilleure pour appliquer nos bonnes résolutions. Cela permettra de clarifier mon positionnement et de définir ce que je vais proposer comme astuce spécifique.

La notion de temps

La première difficulté est celle du temps. Nous sommes dans un monde où tout va de plus en plus vite et où nous cherchons les solutions les plus efficaces et les plus rapides pour être au top, pour toujours faire plus, pour correspondre à ce que l’extérieur attend de nous… mais comme le disait si bien l’écrivain Paul Morand (1888-1976), « le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui » ou comme le dit cette image, « ce n’est pas en tirant sur une plante qu’elle poussera plus vite ». La quête de la meilleure astuce cache souvent le désir idéal d’avoir un outil rapide et efficace. L’humain, comme les plantes, poussent à leur rythme, ce qui est loin d’être celui du rythme rapide que nous souhaiterions parfois.

Notre vision du monde et nos freins

La deuxième difficulté est centrale, elle est liée à nos freins personnels. Nous nous sommes construits à partir des expériences vécues dans notre petite enfance auxquelles nous avons dû faire face sans tout l’attirail conceptuel et langagier qui se développeront plus tard. Le petit enfant qui est dépendant de son entourage va devoir trouver des réponses à toutes les expériences et les événements qu’il rencontre pour survivre et bâtir sa personnalité faite de croyances, de valeurs et de comportements. Tout ce processus – je ne rentre pas dans tous les détails ici – va créer une vision du monde à partir de ces filtres et de comment il a ressenti ce qu’il a vécu. Cette vision va se cristalliser et se fixer de façon définitive. Même s’il est possible de transformer cette vision du monde et d’apprendre à faire avec par un travail profond de connaissance de soi et de transformation, toute notre vie, nous aurons à gérer cette vision du monde initiale qui restera à jamais présente et active. Beaucoup d’approches mettent des pansements sur les blessures sans la soigner. Un léger mieux se fait sentir un certain temps mais la plaie n’est pas soignée et la douleur va refaire surface. Ceci signifie qu’il est essentiel d’apprendre à se connaître pour décrypter les freins issus de notre vision spécifique du monde. Nous pourrons vouloir mettre en œuvre toutes les bonnes résolutions du monde, elles ne tiendront pas dans le temps si, premièrement, nous n’avons pas dépisté les freins essentiels qui nous constituent ; si deuxièmement, nous n’avons pas appris à faire avec ; et si troisièmement nous ne savons pas comment les transformer en ressources.

Pour illustrer cela, voici des histoires qui permettent de mesurer comment l’implication d’événements passés structure la vision du monde et continue d’impacter la vie une fois adulte :

– C’est l’histoire vraie d’un petit garçon qui est sur la plage avec sa sœur et son père. Le père ne s’intéresse qu’à la fille. Le garçon décide d’être le meilleur pour attirer l’attention. Adulte, il ne comprend pas qu’il réussisse tout ce qu’il entreprend.

– Jean a été séparé de sa mère à la naissance, séparation due à une dépression de sa mère. Il a vécu un manque affectif. Adulte, il passe son temps à combler le manque en ayant une intense activité intellectuelle et par des occupations incessantes.

– Jacqueline a un frère moins brillant qu’elle. Elle réussit à tous les examens et a une intelligence très vive. Elle en est culpabilisée, d’autant que la famille lui reproche tacitement d’écraser son frère par sa réussite. A 40 ans, elle a d’importantes responsabilités professionnelles, qu’elle remplit avec une grande efficacité, mais dans la confusion intérieure, dans le tourment permanent d’écraser les autres, d’usurper une place qui n’est pas la sienne. Elle a pris sur elle la destinée de son frère !

A partir de leur blessure respective, de ce qu’on leur a fait, chacune de ces personnes a décidé quelque chose qui était nécessaire sur le moment pour ne pas être détruite mais qui est devenu un schéma complexe. Et maintenant, tout ce que ces personnes vivent est passé au crible de leur vision du monde. Cela est ancré très profondément dans leur mémoire cellulaire et leur corps s’en souvient. Je renvoie aux études d’Arthur Janov et à son livre le cri primal.

Changer fait envie et peur à la fois

A cette difficulté est liée la question du changement. Changer vraiment nous attire. Nous voudrions changer nos vieilles habitudes, c’est le moteur qui nous incite à prendre de bonnes résolutions. Mais pourquoi ne tiennent-elles pas le plus souvent ?

Changer nous fait tout autant peur que cela nous fait envie. Pourquoi ? Tout simplement parce que notre inconscient veut nous protéger et nous éviter de revivre tout ce qui a constitué des expériences désagréables ou perturbantes. Une de ces premières expériences est notre naissance qui nous a fait passer d’un cocon, où tout nous était fourni en continu de façon automatique (nourriture, chaleur, confort, etc.), à un monde où nous sentons que tout change (température, présence et absence de nourriture, luminosité ou le noir, etc.). L’inconscient gardant la mémoire du vécu n’apprécie donc pas la nouveauté, le changement et souhaite faire perdurer le connu, même si le prix à payer à rester identique est lourd. Ainsi, changer n’est pas si simple. Il serait nécessaire de déployer beaucoup plus toutes ces notions mais ce n’est pas le but ici.

Nous sommes tous différents

Enfin, je relève un dernier point qui concerne le fait que nous sommes tous différents. Nous pouvons nous poser la question suivante : est-ce qu’une astuce peut fonctionner pour tout le monde ? A priori, non. Pour la simple raison que chaque astuce fait généralement appel à un certain type de fonctionnement : la logique, l’imaginaire, l’intuitif, le visuel, l’auditif, le kinesthésique… Chaque astuce sera donc plus adaptée aux personnes réceptives au type de fonctionnement utilisé par celle-ci. Par conséquent, certaines astuces marcheront mieux avec certaines personnes et pas avec d’autres.

Malgré ces difficultés, je vais vous proposer une piste qui va s’adresser à tous. Si j’affirme qu’elle s’adresse à tous c’est parce qu’au fond il ne s’agit pas d’une astuce, d’un truc au sens strict qui serait adapté à certaines personnes et pas à d’autres. Je me situe là au niveau des principes qui sont applicables à tous. C’est plus une attitude, un positionnement à adopter en amont des astuces ou outils que vous pourrez tester ensuite. Un autre argument est le fait que l’observation de soi ne s’appuie pas sur un type de fonctionnement particulier. Bien au contraire, il vise à les transcender tous. Notre façon particulière de voir le monde par le biais de nos types de fonctionnement privilégiés réduit et restreint notre appréhension de celui-ci.

L’observation de soi

Vous avez pu saisir, grâce à ce qui précède, la vision qui sous-tend ma façon d’accompagner les individus et les collectifs. Au fondement, à la base de cette vision se situe une attitude nécessaire et utile pour progresser dans sa vie, apprendre à se connaître et se réaliser au mieux : c’est l’observation de soi.

C’est ce qui nous permet de nous révéler à nous-mêmes et nous aide à nous réajuster constamment au jour le jour. Car comme une plante pousse, se transforme, nous évoluons, nous devons faire face à de nouveaux défis, nous avons sans cesse à nous adapter. L’observation de soi nous permet de nous réajuster perpétuellement. Cette attitude nous aide à appliquer n’importe quelle astuce que vous pourrez trouver par ailleurs. Elle nous permet de prendre du recul tout en restant complètement connecté à ce que nous ressentons sur le moment. Elle fait tenir ensemble deux postures : celle d’être comme une caméra extérieure à nous-mêmes qui nous observe et celle qui reste en contact avec notre vécu et ressenti. C’est cette prise de recul tout en restant au contact réel de ce que nous vivons, ressentons, qui nous permet de nous désolidariser d’aspects qui nous perturbent et évite d’être comme happé par cet élément perturbateur. Ce recul nous rend capable d’analyser relativement sereinement la situation. Il nous redonne la capacité de pouvoir décider sans être complètement englué dans la situation difficile. En théorie, cela peut sembler simple. Mais en pratique, cela demande du temps, de l’entraînement. Comme pour toute chose, nous ne devenons pas experts en une seule fois. C’est la répétition et la persévérance qui vont ancrer de nouvelles habitudes, de nouvelles attitudes face à ce qui nous arrive. En acquérant cette habitude, vous vous équipez d’un outil universel qui sera un soutien pour pouvoir mettre en application toutes les autres astuces que vous pourrez trouver pour appliquer vos bonnes résolutions. Quand viendra une difficulté pour persévérer dans l’usage de l’astuce pour appliquer vos bonnes résolutions, vous pourrez faire appel à l’observation de soi pour mesurer, saisir, appréhender ce qui est en jeu, ce qui se passe en vous, ce qui vient résister en vous. Le recul offre l’observation de soi vous permettra de poser une juste distance vis-à-vis de la difficulté et vous aidera à prendre la décision la plus à même à renforcer votre persévérance, à réajuster votre engagement à appliquer vos bonnes résolutions. Cela peut aussi vous amener à comprendre que la résolution choisie n’était peut-être pas la bonne ou pas adaptée à ce moment précis de votre vie. Sans jeter le bébé avec l’eau du bain, vous pourrez modifier ce qui est nécessaire pour réorienter votre résolution enrichie par cet éclairage de l’observation de soi. De plus, ce travail d’observation donnera à cette réorientation non pas le visage de l’échec de votre résolution mais le visage d’une connaissance nouvelle sur vous-mêmes.

Comment s’observer ?

Pour être dans une observation juste de soi-même, il est nécessaire à la fois de rester connecté à soi-même, pour ressentir ce qui se passe en soi comme les sensations, douleurs, ressentis, émotions ; et à la fois mettre une partie de soi à distance qui va observer et se désolidariser du vécu pour pouvoir le regarder de façon neutre, c’est-à-dire sans porter de jugements sur les aspects que nous ressentons cités ci-dessus. Cette partie qui se met en observation n’est pas en soi le mental, puisque celui-ci a pour rôle de juger les situations. Cela ne signifie pas qu’il en soit absent. Il est même nécessaire. Mais il n’est pas tout seul. Nous avons perdu l’habitude de mettre en œuvre cette composante spécifique de l’observateur. Pour la retrouver et qu’elle soit efficiente, nous avons besoin d’entraîner notre esprit à redécouvrir cette posture particulière d’observateur neutre, qui observe tout ce qui se passe sans poser ni des jugements, ni des conseils, ni de laisser nos réflexes habituels prendre le relai. C’est une position difficile d’autant qu’il s’agit de rester en contact avec le vécu intérieur qui entraîne de fait, naturellement, des réflexes de défense ou d’attaque ou de repli. Ces trois réflexes puissants orchestrés par notre cerveau reptilien. Donc, c’est en pratiquant régulièrement que nous acquérons la véritable posture de l’observateur en passant par des phases où le naturel reprend le dessus, puis nous en prenons conscience et nous reprenons notre poste d’observation, jusqu’à la prochaine chute et ainsi de suite.

Donc oui, il est simple de s’observer car nous n’avons besoin d’aucun outil extérieur mais c’est compliqué à mettre en œuvre, car nos habitudes sont bien ancrées. Pour faciliter ce travail, vous pouvez observer votre respiration sans la transformer. C’est une porte d’entrée royale pour apprendre à observer et qui nous est constamment accessible sans le besoin d’outils et de conditions particulières, puisque nous ne pouvons pas vivre sans respirer.

Concrètement, voici quelques consignes pour vous aider à observer votre respiration :

– Fermez les yeux, cela facilite la focalisation sur votre objet d’observation en vous coupant de tout ce qui est extérieur et peut vous perturber visuellement.

– Soyez à l’écoute de votre ressenti intérieur. Vous allez être attentif ou attentive à tout ce que la respiration entraîne comme mouvement à l’intérieur de vous que ce soit l’inspiration et l’expiration, mais aussi les sensations de l’air qui entre et sort du corps, les mouvements musculaires liés au corps qui s’expanse à l’inspiration et se rétracte à l’expiration.

– Le tout sans modifier sa respiration ce qui n’est pas si simple car nous avons le réflexe quand nous observons notre respiration de la canaliser en lui donnant un rythme régulier.

– Observez en laissant la respiration avoir son rythme naturel qui va peut-être vous gêner car vous la trouverez peut-être trop saccadée, trop rapide, trop lente ou bien encore trop irrégulière. Vous entrez alors dans cette double posture d’observation neutre et d’accueil du ressenti procuré par la respiration qu’il soit agréable ou non.

En vous focalisant ainsi sur la respiration, vous devenez observateur ou observatrice. Une fois bien acquis, vous pouvez commencer à observer d’autres choses comme l’observation d’une douleur, d’une émotion, d’une situation ou d’un vécu.

Testez, continuez au-delà des chutes. Comme pour apprendre à marcher, vous êtes tombés souvent avant de trouver un équilibre stable et durable.

Cet article participe à l’événement « Votre meilleure astuce pour appliquer vos bonnes résolutions » du blog Devenez meilleur. J’apprécie l’approche d’Olivier Roland et mon article préféré de ce blog est celui-ci. Cliquez ici pour voter pour mon article si vous l’aimez !

La place de l’entreprise dans le développement humain de ses salariés

Dans l’article “le management bienveillant, illusion ou réalité?”, je développe ce que l’entreprise peut mettre en place pour bénéficier d’un management bienveillant. J’y insiste sur le travail sur soi et ce qu’il est nécessaire que l’entreprise mette en place. A sa lecture, nous pourrions penser que l’entreprise se trouve dans la posture d’être celle qui apporte tous les outils pour le bien-être de ses salariés. Cela pourrait donner à penser que l’entreprise se retrouve de nouveau dans une posture paternaliste où celle-ci doit assurer toutes les conditions nécessaires pour que ces salariés vivent le mieux possible, y compris en dehors, dans leur vie personnelle.

Cet article vient apporter un éclairage sur ce point pour lever une éventuelle ambiguïté.

L’entreprise, un acteur parmi d’autres

L’entreprise est un acteur parmi d’autres et ne doit en rien se substituer aux autres institutions et à la responsabilité de chacun pour mener sa vie à bien. L’entreprise doit prendre sa place, sa juste place. Car en effet, elle a bien un rôle à jouer et je dirai même une responsabilité. Elle se doit de créer une atmosphère propice au travail qui ne peut être que bénéfique au bon déroulement de la vie de l’entreprise.

Elle est donc en devoir d’apporter à ses salariés les moyens d’exercer leurs compétences professionnelles dans les meilleures conditions possibles. Même si aujourd’hui la technologie prend une place importante dans le monde du travail, elle ne supprimera jamais le fait que ce sont, pour l’instant, des humains qui gèrent les machines et la technologie. Les rapports humains sont au cœur du fonctionnement de toute entreprise.  Et c’est l’entreprise et en particulier ses dirigeants qui posent les règles de gestion des rapports humains. A la fois dans l’article cité, j’évoque comment ces règles doivent être redéfinies pour de meilleures relations (sortir du système hiérarchique et pyramidale, mettre en place des rapports de co-travail, de collaboration, de responsabilités partagées…) mais aussi le fait qu’il est nécessaire de former les salariés à une meilleure connaissance de soi pour savoir mieux gérer les relations à autrui. C’est sur ce deuxième volet que l’ambiguïté peut surgir.

Autant il semble logique qu’il revient à l’entreprise d’organiser sa façon de travailler et les règles de fonctionnement. Autant, cela semble plus délicat d’aborder la question du travail personnel qui déborde de la sphère purement professionnelle.

Il est vrai que nous pouvons penser que l’entreprise a juste à poser le cadre et n’a pas à intervenir dans la complexité de ce qui concerne les rapports humains. Après tout, cela n’est-il pas de la responsabilité de chacun d’apprendre à vivre avec les autres, à savoir gérer les relations. Pourtant dans la réalité, nous savons bien que ce volet ne peut être renvoyé dans le domaine privé. Si les entreprises veulent gagner en réputation, ne pas perdre inutilement de l’argent dû à la mauvaise gestion du personnel, …, elles ont le devoir de former leurs salariés à de bonnes attitudes de travail. Tout le monde est gagnant dans cette histoire, l’entreprise et le salarié si cette démarche est faite de façon transparente et responsable.

Néanmoins, l’entreprise n’a pas à devenir un super-thérapeute de ses salariés !!!

Ce qui doit être apporté, aura nécessairement des répercussions positives sur la vie privée des salariés comme un bonus. Mais le but visé est bien que les formations sur la connaissance de soi apportent de meilleures relations au sein de l’entreprise.

L’apport de formation que j’évoque demande un travail important et surtout dans la durée. Mais une limite est à poser. Toutes les formations doivent viser des résultats spécifiques dans le fonctionnement des relations et de l’organisation au sein de l’entreprise.

Il est clair que ces formations peuvent faire surgir chez les salariés une volonté d’approfondir des points qui leur posent problème. Mais ce ne sera pas à l’entreprise de prendre en charge des formations trop spécifiques si elles n’ont pas d’impact direct sur l’entreprise.

La responsabilité de chacun

Comme je le précisais dans l’article, il n’existe pas d’entreprise idéale ni de salarié idéal !!

Le salarié qui se rend compte qu’il a besoin de travailler plus sur lui pour être mieux dans sa peau et dans son travail se doit de chercher par ses propres moyens des solutions et ne peut pas attendre tout de son entreprise. Des solutions nombreuses existent aujourd’hui d’accompagnement pour faire un travail sur soi, soit de façon spécifique sur un domaine ou de façon plus approfondi si c’est nécessaire et désiré par la personne.

Il est primordial que les entreprises sachent où doit s’arrêter leur participation pour ne pas jouer un rôle qui ne serait plus le sien. L’entreprise n’a pas à jouer un rôle paternaliste à outrance envers ses salariés. Elle a juste à créer et mettre en place les conditions de travail. Il est clair qu’aujourd’hui, nous sommes encore loin du compte et les entreprises sont souvent perdues dans le foisonnement d’offres de formations qui ne répondent pas forcément aux besoins ou qui sont choisis pour utiliser le budget formation sans qu’il soit réfléchi à long terme et planifié. L’urgence dans laquelle sont les entreprises, le manque de recul et de temps sur ce qui est essentiel à mettre en place les handicapent. Les entreprises ont besoin d’aide et de structures sérieuses qui leur proposent un plan ambitieux et à long terme.

Les salariés ont aussi à prendre leur vie en main et ne pas compter exclusivement sur l’entreprise pour se former à la connaissance de soi. Le développement des “happiness  officer”, de la QVT, des instances qui surveillent le bien-être au travail pourraient faire croire que le bonheur des salariés est assuré et qu’il n’y aura pas besoin de se former.

Recherches utilisées pour trouver cet article:developpement de l\entreprise et developpement humain, Lapport des entreprises dans le développement humain

Le management bienveillant, illusion ou réalité?

Un monde en pleine mutation

Nous sommes dans un monde qui s’accélère à tous les niveaux. De nouveaux paradigmes se font jour et viennent percuter les anciens paradigmes. Ces derniers cherchent à rester en place et ne peuvent muter dans le nouveau sans peine et difficultés. Le changement et les transitions sont des périodes certes stimulantes mais aussi difficiles ; car il ne s’agit pas simplement de s’adapter mais de changer complètement la manière de faire, de penser, d’agir. C’est le propre des révolutions qui sont associés aux changements de paradigme. Les bases sont à changer et nous résistons pour rester dans l’espace et les conditions connues. C’est une attitude logique. L’inconnu fait peur même s’il stimule.

Nous le voyons dans tous les domaines, notre monde va vers une mutation profonde. Quand nous regardons en arrière, ne serait-ce que quelques décennies, nous mesurons la mutation déjà opérée : Internet, le téléphone portable, l’information de ce qui se passe dans le monde entier, l’accès aux connaissances qu’il fallait aller chercher avant dans les bibliothèques et centres de recherche. L’accélération des moyens de communication à tous les niveaux révolutionnent notre monde.

Si nous y réfléchissons, nous ne travaillons déjà plus comme dans les années 1980 ou même 90. Et cela ne fait que s’accélérer si nous jetons un œil du côté des technologies de pointe qui étudient les voitures électriques et/ou autonomes, l’intelligence artificielle associée à celle de l’humain…

Les attentes et les besoins des êtres humains sont considérablement modifiés et influencés par cet environnement.

Néanmoins, dans la plupart des entreprises, même si elles suivent les évolutions technologiques, elles restent pour la plupart sur le seuil en ce qui concerne les nouvelles façons de travailler au niveau humain.

La formation de l’humain, parent pauvre de l’entreprise

La plupart des entreprises forment les cerveaux de leurs employés aux nouvelles technologies mais demeurent à la préhistoire en ce qui concerne le management, l’organisation du travail, la façon de créer et innover. Soyons honnêtes, quelles sont les entreprises qui investissent réellement dans le potentiel humain de leurs salariés ? Quelles sont les entreprises qui forment leurs salariés à savoir gérer leurs relations à autrui, à gérer leurs émotions, leurs besoins ? Il y en a bien peu. Car c’est une question complexe. Ce n’est pas en saupoudrant par une petite formation de développement personnel qu’on va modifier et supprimer les conflits au sein de l’entreprise.

Et le management demeure ancré dans un système industriel du 19ème siècle, système patriarcal avec le grand patron, figure paternelle protectrice, avec toute son armada hiérarchique et pyramidale qui fait circuler l’essentiel de haut en bas.

Nous avons beau savoir qu’il faut rendre responsable chacun à son poste de travail, que l’on parle de plus en plus de co-responsabilité, de collaboration, de travailler ensemble, de coworking. Dans la réalité, ce qui appelle au nouveau paradigme qui intègre cette notion de « co » travail ne peut être fécond dans un système qui demeure pyramidal et hiérarchique à outrance. C’est comme vouloir mettre du vin nouveau dans de vieilles outres. Cela ne fonctionne pas, les outres éclatent.

Les prémices du nouveau

La prise de conscience des risques psychosociaux, dont le burnout est un des éléments, montre bien que le vieux système est en crise. On essaye d’éteindre les incendies, limiter les dégâts, on essaye de faire croire que l’entreprise gère cette question en mettant par exemple en place la QVT (Qualité de Vie au Travail) mais la théorie peine à passer dans la réalité concrète du quotidien. On essaye d’offrir aux salariés du mieux être au travail, un « happiness officer » par exemple. Mais cela demeure une vitrine, une belle façade ou un beau vernis qui veut montrer qu’on avance et qu’on change. Cela part d’un bon sentiment et parfois d’une réelle volonté de changement. Cependant, c’est comme repeindre les murs d’une maison dont les fondations s’écroulent. C’est tout l’ensemble de l’édifice qui a besoin d’être repris et revisité totalement. Et peu d’entreprises osent prendre ce chemin.

entreprise vitrine

1. Une révolution à opérer

Sortir du système pyramidal et hiérarchique

Pour la réussite d’une entreprise qui veut manager autrement, c’est une refonte à tous les niveaux qui doit se faire. Passer d’une structure souvent très pyramidale à une structure co-responsable où chacun prend sa part de responsabilité.

Changer n’est jamais simple. Cela demande de déstructurer l’existant, déconstruire, passer par une phase où l’on n’est plus dans l’ancien et pas encore dans le nouveau. Une transition à vivre et traverser pour aboutir à un nouveau paradigme pour l’entreprise.

Il est nécessaire d’examiner le regard que chacun pose sur chacune des autres personnes exerçant une fonction dans l’entreprise.

Le lien entre la fonction et le pouvoir exercé, la façon d’exercer ce pouvoir, autant de points à explorer pour poser un diagnostic de la façon que chacun(e) a de voir les fonctions dans l’entreprise et les pouvoirs liés aux fonctions.

Dans une entreprise classique, bâtie sur une vision hiérarchique et pyramidale, des jeux de pouvoir et des positions spécifiques vont se mettre automatiquement en place dans la gestion des relations entre les salariés, managers et direction de l’entreprise.

Quelles images avons-nous des N-1 ?

Si nous pensons : Ils ont besoin que je leur dise tout ce qu’ils doivent faire, ils ne sont pas autonomes sans moi. S’ils pouvaient être autonomes, il n’y aurait plus besoin de responsables, donc il n’y aurait plus besoin de moi.

Penser de cette façon c’est demeurer dans l’ancien paradigme, de l’entreprise du 19ème siècle. Il n’est pas simple de sortir d’un fonctionnement qui dure depuis longtemps puisqu’il se fonde sur des principes bien plus anciens. Cela pourrait être développé dans un article spécifique.

Quelles images avons-nous des N+1, N+2… ?

N’y a-t-il pas souvent encore une attente d’une protection paternaliste ? D’une sécurité attendue du côté de ceux qui nous emploient ?

Travailler dans le nouveau paradigme, qui émerge doucement, impliquant un management bienveillant, un travail collaboratif avec la mise en avant des compétences de chacun(e) au service du bien commun, de l’entreprise et plus largement de la société, cela demande une véritable révolution et des changements profonds.

Trois clés pour amorcer l’entrée dans un management bienveillant

3 clés indispensables de management bienveillant

Première clé : décision du dirigeant de changer de paradigme

Il ne s’agit pas, comme déjà évoqué, que de simples aménagements. Cela demande une restructuration complète de la façon de fonctionner.

Cela demande en priorité la volonté réelle du dirigeant de changer totalement la façon de travailler au sein de son entreprise.

Il en est la clé de voute et si le dirigeant ne le souhaite pas, même si quelques managers modifient leur façon de travailler, il n’est pas possible de mettre en place de façon pérenne un nouveau management. En effet, ce nouveau paradigme ne peut pas fonctionner dans une entreprise trop hiérarchisée et trop pyramidale. La structure hiérarchique et pyramidale suppose de fait une notion d’obéissance au niveau supérieur, cela entraîne une attitude passive et presque une sorte de soumission à ce qui vient d’en haut. On a beau essayé de dire ou prôner l’inverse, c’est inconsciemment ancré par la structure elle-même qui est basée sur la structure familiale et patriarcale. C’est donc au dirigeant de donner l’exemple, d’insuffler une nouvelle façon de faire. Ce sont d’ailleurs les entreprises bâties sur des personnalités ouvertes qui incitent à la collaboration qui perdurent et fleurissent dans le temps. En France, la dynamique managériale de Boiron en est un exemple.

Au-delà de la volonté du dirigeant de changer de paradigme, il est nécessaire d’impliquer tout le monde sans exception, ce sont les deux autres clés :

associer et former tous ses collaborateurs et managers (deuxième clé)

Les managers sont comme les courroies de distribution, les liens entre la direction et le terrain. Ils ont un place essentiel pour permettre ce renouveau. Néanmoins, nous voyons aujourd’hui le malaise croissant de ces managers épuisés, coincés entre la direction et leurs équipes devant tenir des positions et consignes contradictoires. Cela est dû justement à ce système qui ne fonctionne plus et qu’il est urgent de transformer. Le nouveau paradigme permet de retrouver une cohérence et du souffle pour tout le monde.

Cela ne se fera pas sans difficultés. Les habitudes sont dures à changer. Et même si nous sommes convaincus des bienfaits du changement de paradigme. Il est angoissant de rentrer dans un nouveau paradigme que nous n’avons jamais mis en œuvre. De plus, il est important d’en expliquer les raisons et les buts. Personne na été habitué à fonctionner dans ce nouveau paradigme et cela demande un apprentissage.

associer et former tous les employés (troisième clé)

Ce qui a été dit ci-dessus pour les managers est tout autant vrai pour l’ensemble des employés. Peut-être s’ajoute-t-il une habitude plus grande de recevoir des ordres par sa position dans l’entreprise et il sera encore plus essentiel de mettre en acte une démarche participative et responsable de tous pour qu’elle s’ancre dans le long terme et soit perçue comme une volonté réelle du dirigeant et des managers.

Quel est l’intérêt de ce nouveau paradigme d’un travail collaboratif ?

De quoi parle-t-on sous ce vocable de travail participatif et management bienveillant. Ce nouveau paradigme est centré sur l’humain, respectueux de ses besoins, de ses compétences, de sa créativité. Cela semble joli sur le papier et peut-être même idéaliste ! Examinons cela de plus prêt.

De nombreuses initiatives germent pour mettre en avant un partage plus équitable et une volonté de mettre en commun les savoirs, les compétences : le coworking, les fablabs, les ateliers partagés en sont des exemples. Les incubateurs de startup s’inspirent de cet élan. Il s’agit de partager ses savoirs, ses compétences et de ne plus voir l’autre comme un concurrent mais comme un partenaire. Notre culture est peu encline au travail de façon collaborative alors qu’elle est plus développée dans le système anglo-saxon et notamment aux Etats Unis où dès l’école primaire les élèves sont amenés à construire en groupe les savoirs et fonctionnent dans une dynamique de groupe. Comme je le développe dans mon livre sur la créativité, la différence culturelle s’origine en particulier dans l’imprégnation pour nous français dans la culture latine catholique, avec la structure hiérarchique de l’Eglise impliquant l’obéissance. Ce qui est différent des Etats Unis par exemple, basée sur la culture protestante qui est communautaire, moins hiérarchisée et plus égalitaire.

Petite parenthèse ce nouveau paradigme existe depuis longtemps et nous pouvons retrouver dans l’histoire des initiatives de ce genre (ex : les compagnons du devoir) mais l’industrialisation a fait perdre au monde certains éléments que nous commençons à remettre en valeur.

travail collaboratif

En mettant le travail collaboratif à l’œuvre à tous les niveaux de l’entreprise, cela favorise la créativité et l’innovation. Cela suppose de partager ses idées sans craindre qu’elles soient récupérées par quelqu’un d’autre. Et donc d’accepter d’être au service du groupe et non uniquement de sa carrière. Plus les idées sont partagées, plus elles ont de chances de produire l’émergence d’idées nouvelles et de booster l’innovation. Nous sommes humains et nous partageons nos idées quand nous sommes en confiance, que nous savons que nous ne serons pas jugés pour ce que nous allons exprimer. Or les nombreux niveaux de la pyramide hiérarchique favorise la suspicion, la méfiance. De plus, ce système ne propose pas généralement à tous les employés d’être créatifs, réservant cela aux managers, voire à un groupe spécifique qui peut être déconnecté de la réalité de l’entreprise.

La créativité est grandement libérée quand tous les maillons de l’entreprise sont conviés à participer. Mais attention, cela ne se décrète pas, cela s’apprend. Nous ne pouvons pas demander à des employés d’être soudainement créatifs alors que l’on a jamais demandé leur avis dans le passé.

Pour accéder à ce nouveau paradigme, il est nécessaire notamment de suivre les trois clés.

Mais comment former au travail collaboratif ?

Il est nécessaire de remplacer la structure hiérarchique et pyramidale par un structure plus légère avec deux à trois niveaux et d’insuffler un management bienveillant.

Qu’est-ce qu’un management bienveillant ?

Le management bienveillant est centré sur l’humain, il vise l’épanouissement de tout travailleur en favorisant de nouveaux rapports dans le monde du travail. Il est clair que peu de monde est passionné par son travail. Une étude faite par l’institut gallup a révélé que seulement 9 % seulement des personnes en France sont passionnés par leur travail. Nous faisons partie des pays les plus mal notés à ce sujet. Ce pourcentage faible montre que le potentiel humain est mal utilisé. Pour rendre les personnes plus passionnées de leur travail, il est nécessaire qu’elles puissent investir ce lieu de vie pleinement, qu’elles sentent qu’elles ont une « utilité », qu’elles apportent une plus-value à l’entreprise, qu’elles sont co-responsables de son développement.

Pour cela, des conditions à appliquer à tous les employés sont nécessaires. En voici quelques unes :

– les rendre proactifs en leur permettant d’être réellement acteurs de leur travail

– permettre une circulation des informations plus directes

partager les décisions, les difficultés, les réussites, les solutions, les idées

– travailler à une communication vraie entre tous les maillons de l’entreprise

– définir des valeurs communes et une ligne claire partagée par tous …

En amont, d’autres conditions préalables sont indispensables comme :

former à l’écoute, apprendre à exprimer et gérer ses émotions, ses besoins pour favoriser une cohésion du groupe entreprise et surtout diminuer les conflits stériles, les incompréhensions, le chacun pour soi…

Vous me direz que c’est bien utopique. Oui, il n’y aura jamais ni d’entreprise idéale, ni d’individus idéaux !!! Mais nous pouvons apprendre à fluidifier les relations interpersonnelles afin que les conflits ne pourrissent plus la vie des entreprises et freinent même leur propre croissance.

Il est futile de croire que l’humain n’a pas à être pris en compte pour faire fonctionner une entreprise. Bien au contraire, plus les salariés d’une entreprise auront exploré leur façon d’être en relation avec les autres, plus ils auront saisi ce qui compte pour eux, leurs valeurs, ce qu’ils veulent apporter par leur travail, et plus ils seront motivés et engagés dans leur travail en étant des piliers de celle-ci.

Résumons cette partie :

– Pour entrer dans ce nouveau paradigme en entreprise en intégrant le management bienveillant et la créativité, il est nécessaire d’impliquer tous les acteurs de l’entreprise et en premier ses dirigeants.

– La transition vers ce nouveau paradigme n’est pas un petit changement, il faut désapprendre pour apprendre dans un nouveau mode de fonctionnement.

– La structure hiérarchique et pyramidale doit être abandonnée au profit d’une structure plus légère avec deux ou trois niveaux.

– C’est tout un travail de formation et de refonte commune qui est à envisager, impliquant un travail sur soi.

Je développe quelques éléments succincts dans les deux parties suivantes :

2. Accepter de travailler sur soi pour de meilleures relations avec les autres

C’est en travaillant sur soi que l’on se connaît mieux et qu’on prend conscience de sa vision du monde. En saisissant que sa vision du monde est une parmi beaucoup d’autres, on apprend à s’adapter aux visions des autres et à accepter ces visions du monde différentes de la nôtre.

Par un travail sur ses émotions, son ressenti, ses besoins, ses traumatismes, son histoire, son filtre, on aboutit à la découverte de sa vision du monde qui influence son rapport aux autres. Le travail sur les points de vue ouvre, par exemple, sa vision du monde à plus large. Le travail sur soi développe l’intelligence émotionnelle, à savoir exprimer le négatif, y compris sa colère et son agressivité dans une dimension positive, ce que nous nommons l’assertivité.

Cela ne nous choque généralement pas de nous former à de nouvelles technologies pour les utiliser dans son travail mais dès qu’il s’agit de faire un travail sur soi, beaucoup de personnes pensent que c’est sans rapport avec le travail, sans utilité ou utopique.

L’erreur est là !

Certes, ce travail ne peut pas se faire sans l’assentiment de chacun(e). On ne peut forcer quelqu’un à se remettre en question, à prendre du recul. Néanmoins, quand nous prenons le temps de faire découvrir l’intérêt de ce travail par des exercices concrets, cela éveille le désir réel de chacun(e) de s’améliorer et s’épanouir en vivant des rapports plus sereins avec les autres. Tout le monde veut s’améliorer, c’est dans nos gênes de chercher à évoluer et nous dépasser quand nous trouvons ce qui nous motive.

Attention, vivre des rapports sereins, ne signifie aucunement que les désaccords n’existent plus. Ce seront plus des confrontations, qui seront vécus, que des conflits.

confrontation versus conflits

La différence est énorme entre conflit et confrontation :

– le conflit renferme chacun(e) sur soi dans sa position et coupe la relation avec l’autre. Le conflit peut mener au rejet complet de l’autre, au refus de côtoyer la personne…

– la confrontation (étymologiquement front contre front) est tout autre chose. C’est l’écho des confrontations animales : les mâles qui combattent front contre front pour savoir qui sera le plus fort et qui va conquérir la femelle. Le plus faible se soumet au plus fort qui l’année suivante sera peut-être le vainqueur. Les animaux ne se tuent pas et se respectent après de tels combats. Le lien n’est pas coupé. Au niveau humain, nous pourrions dire que la confrontation permet de poser ses désaccords, reconnaître ce sur quoi nous ne sommes pas d’accords et trouver des concessions pour bâtir un gagnant/gagnant. S’il y a un perdant la situation posera problème à un moment ou un autre. Il y a des solutions à chercher ensemble dans la divergence et la complémentarité des points de vue. Cela demande de dépasser la volonté d’être au centre, de savoir s’appuyer sur les forces des autres, reconnaître ses faiblesses. Nous peinons à nous confronter car nous restons souvent cachés derrière des masques.

Les masques

Les masques sont monnaie courante dans le monde de l’entreprise et nous payons cher de rester caché derrière. Cela freine et fausse les enjeux et le développement de l’entreprise. Il est nécessaire d’apprendre à faire tomber les masques. Et ce n’est possible que si tout le monde joue le jeu, sinon nous demeurons dans les nœuds de la manipulation. Certaines approches dans le développement personnel peuvent favoriser insidieusement le renforcement de ses masques et il est important de faire attention comment nous formons nos salariés au travail sur soi. Certaines approches vont renforcer la manipulation et pervertir les rapports humains. Vous pouvez mesurer la complexité de ce qui est en jeu. Cet article ne fait qu’ébaucher des pistes en prenant quelques éléments d’exemple.

Nous pourrions, de ce fait, se dire que le challenge est trop colossal et donc impossible à relever. Je n’ai jamais dit que ce serait facile. Mais nous n’avons rien sans rien.

Insuffler ce travail entraîne la mise en place de nouveaux rapports avec les autres au sein de l’entreprise.

Evidemment, ce travail demande à être expliqué pour ne pas être pris pour de la manipulation managériale. Il est nécessaire de poser carte sur table pour que chacun(e) saisisse l’enjeu de ce travail. S’il est vécu comme une contrainte, sur la défensive, il n’aura aucun intérêt. Cela renforce ce qui a été dit précédemment. Car dans une entreprise hiérarchique pyramidale où les salariés se sentent sous la coupe de leurs supérieurs, tout travail de ce type sera pris comme une intrusion, une volonté de modeler les salariés à un modèle imposé. Cela suppose pour le dirigeant de libérer la parole dans son entreprise, de prendre le risque de laisser se développer des idées divergentes, d’avoir une ouverture d’esprit. Ces idées divergentes apportées par des employés libres de parole et d’action nourriront des possibilités nouvelles et l’innovation.

Cela suppose de ne pas se contenter d’un travail superficiel mais d’aller vers des rapports nouveaux entre tous les acteurs de l’entreprise y compris les actionnaires.

Ce travail ne peut pas être fait une fois pour toutes, c’est une démarche de fond sur le moyen et long terme qui a besoin de se réajuster constamment. Cela demande une souplesse et flexibilité encore peu habituelle dans le monde de l’entreprise.

3. Bâtir sa légende de vie

Je voudrais développer un point essentiel qui est souvent délaissé à cause de la course au temps et des « date line » imposées. Pour ne pas rester le nez dans le guidon, à gérer uniquement les urgences, il est nécessaire de définir ses valeurs, ses priorités (les tâches du cadre II de Stephen Covey), s’organiser en utilisant des outils de planification qui prennent en compte tout ce qui fait notre vie. Il s’agit d’intégrer des buts, le long terme, apprendre à prendre du recul et se donner du temps pour observer, relire, se former…

chemins de vie

C’est apprendre à déléguer, à faire confiance, à travailler ensemble. Pour cela, l’apprentissage des outils de la créativité offre des perspectives innovantes.

Il ne s’agit pas en effet dans le travail de faire pour faire. Sinon, nous nous transformons en machines sans cervelles qui exécutent des tâches sans savoir dans quel but nous agissons. C’est évident mais regardez et reconnaissez que nous perdons souvent de vue le but pour lequel nous travaillons. Et quand nous perdons le sens de ce que nous faisons dans le travail, la fatigue, l’épuisement et le burnout risquent de pointer leur nez.

Il est donc nécessaire de prendre le taureau par les cornes et de ne pas se laisser dévorer par le temps. Il est vital de le gérer avec des outils concrets pour ne pas se laisser déborder. Mais il est également nécessaire de fonder son travail sur des valeurs, des buts qui nous tiennent à cœur. La motivation est un enjeu essentiel pour tenir dans le temps dans son travail. Et celle-ci ne peut se maintenir en action sans l’alimenter. La motivation s’appuie sur ce qui fait sens pour nous, notre légende de vie. Cela peut sembler un bien grand mot mais nous avons tous des compétences particulières et singulières, des talents qui sont viscéralement ancrés en nous, tous sans exception. Même les personnes qui se disent « passionnés par rien » possèdent en eux une sorte de boussole qui indique la direction, le sens de ce qu’ils veulent faire dans leur vie. Evidemment, chacun(e) a sa légende propre qui n’est pas celle du voisin. C’est cette boussole interne qui est à découvrir. Le monde a besoin de la spécificité de chacun. Il ne s’agit plus de penser concurrence mais plutôt complémentarité. Et c’est ce qui est merveilleux. La diversité est ce qui permet l’émergence d’idées nouvelles. Et dans un monde qui tend à la standardisation tout autant qu’à l’individualisme, il est nécessaire de faire des ponts entre la spécificité de chacun(e) et notre interdépendance qui est une richesse et non un frein à notre développement. Il est bon de permettre à la fois à tout un chacun de développer son propre potentiel tout en le mettant au service des autres. Car seul nous sommes vite limités. C’est la fameuse loi que le tout est plus grand que la somme des parties.

C’est un magnifique enjeu qui est proposé aux entreprises et à la société ! Dans un monde où la technologie va prendre de plus en plus de place, il est essentiel que l’homme ne reste pas sur le banc de touche et évolue pour se construire dans une approche éthique et collaborative.

Alors, oui je suis de ceux qui croient qu’il est possible de développer un management bienveillant, respectueux de chacun(e) et permettant le développement et l’épanouissement de l’entreprise. Ce n’est pas une utopie mais un travail ardu et possible.

En ferez-vous parti ?

Qu’êtes-vous prêt à mettre en place dès maintenant là où vous travaillez?

En quoi la créativité facilite notre vie professionnelle?

Une vision réduite de la créativité

Vous pensez peut-être que la créativité n’a rien de commun avec la vie professionnelle, avec une vie d’entreprise. Et que si elle a une utilité, c’est juste pour stimuler l’innovation dans les entreprises qui ont besoin de développer ou créer de nouveaux produits ou services.

La créativité peut certes apporter des outils pour faciliter l’innovation, trouver de nouvelles idées et c’est déjà un atout facilitateur de la vie professionnelle! Mais la créativité, c’est bien plus que cela!

La créativité n’est pas qu’un outil et un moyen pour innover. On peut certes l’utiliser uniquement de cette façon, mais dans ce cas nous passons à côté de son essence.

Pour prendre une image, c’est comme si nous n’utilisions l’eau uniquement que comme moyen de nous désaltérer. Nous passerions à côté de sa force motrice par exemple.

La créativité comme une façon de penser, d’agir, d’être en lien, de vivre

La créativité est une compétence humaine. Elle est un moteur initiateur de potentialités. La voir comme un socle ou un fondement de notre vie ouvre des perspectives nombreuses et enrichissantes. C’est ce que nous allons développer. Intégrer la créativité comme un mode de pensée, d’agir et d’être en lien avec les autres et le monde permet de traverser les épreuves plus facilement et apporte des ressources supplémentaires pour faire face aux défis de notre vie et en particulier ceux de la vie professionnelle.

Penser de façon créative

Penser de façon créative incite à développer ce que l’on nomme la pensée divergente, c’est-à-dire une pensée qui accepte d’associer des éléments étrangers entre eux, qui accepte de sortir des sentiers battus, des neuf points. La pensée divergente oblige à sortir de nos façons habituelles de résoudre nos problèmes. Quand nous sommes bloqués, que nous avons l’impression de ne pas trouver de solutions, nous nous enfermons nous-mêmes, nous nous piégeons en utilisant les mêmes réponses face aux mêmes problèmes.Voir le problème comme un problème, c’est souvent cela le problème!!

sortir de la pensée unique pour aller vers une pensée plurielle

Apprendre à penser de façon créative nous amène à sortir de notre vision restreinte du monde. Dans les relations, se mettre à la place de l’autre, en se plaçant dans sa vision du monde est un bon moyen de désamorcer bon nombres de conflits, d’incompréhensions. Face aux difficultés, la pensée divergente amène à une pensée multiple, plurielle. Elle nous incite à penser qu’il n’y a pas que la solution à laquelle nous pensons de prime abord. Elle nous invite à en imaginer plusieurs, à en chercher d’autres, y compris les plus inattendues. Cela nous met dans une situation stimulante de recherche face à une épreuve ou une difficulté. Au lieu d’être bloqué face à une difficulté, la créativité nous offre des chemins divers à découvrir. Attention, c’est facile à dire et cela peut sembler simple. Néanmoins, vous le savez, dans le concret, c’est loin d’être facile à mettre en œuvre.

Penser de façon créative va donc faciliter grandement la vie professionnelle. Car combien nos pensées sont polluées dans la vie professionnelle par notre vision du monde qui juge l’attitude de nos collaborateurs et supérieurs, qui imagine ce que pensent les autres. Or, on ne peut pas avoir accès à ce que pensent les autres. On ne peut accéder qu’à ce qu’ils font et disent. De plus, la vie professionnelle amènent à gérer des situations difficiles ou conflictuelles et des problèmes. Penser de façon créative va donc nous permettre de faire face de façon plus sereine à ceux-ci, car nous savons que des solutions existent et peuvent être trouvées.

Agir de façon créative

La pensée et l’action sont deux faces d’une même pièce de monnaie. Elles s’influencent mutuellement. Penser de façon créative va donc amener à agir de façon créative et inversement.

agir de façon créative en puisant dans certains traits de personnalité , l'intuition, le ressenti

Qu’est-ce que cela signifie “agir de façon créative”?

Tout d’abord, penser de façon créative, donc d’être ouvert, à la vision du monde des autres, au fait qu’il y ait des solutions multiples, induit des actions également plurielles. Au lieu de réagir, c’est-à-dire répondre de façon instinctive à ce qui arrive, la créativité nous incite à percevoir différentes actions possibles et donc à relativiser chaque action comme étant une réponse parmi d’autres et pas l’unique réponse possible. De plus, si l’action ne fonctionne pas, le monde ne s’écroule pas. Nous pouvons simplement en conclure que cette action n’était pas adaptée et qu’il est nécessaire d’en trouver une autre plus adéquate.

Agir de façon créative, c’est aussi développer des comportements que favorisent la créativité comme certains traits de personnalité. Les traits de personnalité que la créativité développe sont la persévérance, la tolérance à l’ambiguïté, l’ouverture à de nouvelles expériences, la capacité à se différencier des autres, la prise de risque. Ces traits de personnalité qui sont liés à la créativité facilitent grandement la vie professionnelle. La persévérance est un trait essentiel pour faire face aux défis à la fois complexes et nombreux que nous rencontrons dans notre vie professionnelle. La persévérance est comme le gouvernail qui permet de garder le cap dans la tempête. La tolérance à l’ambiguïté nous fait sortir des sentiers connus et nous fait accepter l’exploration de zones étrangères à nos habitudes de travail. Elle nous incite à être dans une vision plus complexe. L’ouverture à de nouvelles expériences est dans le prolongement du trait précédent. Se cantonner au domaine du connu nous empêche de progresser dans notre apprentissage. Apprendre, c’est déjà désapprendre, (ce qui est possible grâce à la tolérance à l’ambiguïté), avant d’intégrer de nouvelles expériences qui amènent un nouveau savoir. Tous ces traits supposent notre capacité d’accepter la prise de risque d’explorer l’inconnu mais aussi notre faculté d’oser avoir des avis qui peuvent diverger de la majorité. C’est notre capacité à nous différencier des autres. Tous ces traits nous rendent plus aptes à naviguer au milieu des flots professionnels où l’adaptation est essentielle pour tenir le cap et réussir les objectifs qui nous sont demandés dans le travail.

Agir de façon créative, c’est aussi développer son intuition et sa sensibilité. Il n’y a pas que la tête qui travaille dans la créativité. Être connecté à ses ressentis, à ce qui nous effleure de façon instinctive, ouvre une autre catégorie de connaissances. Contacter nos émotions et nos besoins nous met en relation avec nos ressources intérieures et notre boussole interne qui sait nous guider et nous indiquer le cap à suivre. C’est un long travail qui est à faire pour développer ce champ qui est un parent pauvre de notre éducation. Nous pourrions penser que l’intuition, la sensibilité, la subjectivité n’ont rien à faire dans le domaine professionnel. C’est une erreur, car bien gérées elles apportent une plus-value et rendent plus humaines les actions professionnelles.

Être en lien de façon créative

On peut facilement supposer que si nous pensons et agissons de façon créative, en mettant en œuvre ce qui a été évoqué précédemment, notre lien avec nos collaborateurs et nos supérieurs en seront changés.

penser et agir de façon créative fait émerger des relations respectueuses et sans jugement

En interrogeant afin de connaître la vision de l’autre nous sortons du jugement et allons à la rencontre réelle de l’autre. En supposant que plusieurs solutions existent à un problème et en ayant l’humilité de collaborer avec les autres membres de son entreprise pour trouver des issues aux problèmes, les collaborateurs sont alors des “alter ego” avec qui il devient possible de construire un projet commun. Attention, nous ne sommes pas dans le monde des “bisounours” et il ne s’agit nullement d’être transparent, bien au contraire. Comme nous l’avons vu, il est essentiel de savoir prendre des risques, de savoir de différencier de l’avis de la majorité et d’avoir des avis personnels. C’est en étant pleinement soi-même dans un cadre professionnel qui le permet et le promeut que nous apportons le meilleur de nous-mêmes à notre entreprise. En apportant notre spécificité, nous sommes alors un maillon de la chaîne ou un membre d’équipage qui s’il est absent manque au bon fonctionnement du navire.

Mais l’un des points essentiels, c’est le non-jugement de l’autre que favorise la créativité. Car la créativité est tuée quand le jugement est en action. Favoriser la créativité suppose le refus du jugement. Comme la superstition des marins qui refuse la présence de lapins ou l’énonciation de ce mot sur un navire (suite à des lapins qui avaient mangé les cordages en chanvre d’un bateau), le jugement doit être banni en créativité. L’absence de jugement ou tout du moins son contrôle entraîne des relations bien différentes entre humains.

Vivre de façon créative

Concluons en continuant à explorer les images maritimes. Vivre de façon créative, c’est comme un marin qui connaît les bases de son métier. Il en connaît les principes mais durant toute sa vie de marin, il va devoir adapter ses connaissances à la réalité changeante des océans, des tempêtes et des imprévus des éléments qui ne se laissent pas maîtriser. Ce que je vous ai exposé de façon synthétique et non exhaustif ne sont que des principes qui sont à adapter à votre cadre professionnel et qui auront besoin de se confronter aux tempêtes de notre vie professionnelle. C’est à vous d’inventer, de créer des solutions adaptées bâtis sur ces principes dans votre cadre à vous, avec ce que vous êtes. Vous ne pouvez être exonéré d’expérimenter par vous-mêmes ou d’appliquer des recettes toutes faites. Naviguez sur votre océan professionnel, les principes créatifs chevillés au corps. Bon voyage!

vivre de façon créative en naviguant avec les principes créatifs chevillés au corps